Guem, disparition de « l’homme aux mains d’or »

Image : © Commons / Zitronentarte

Le percussionniste Guem, « l’homme aux mains d’or » comme on le surnommait, nous a quittés le 22 janvier 2021. Plus qu’un percussionniste, il a été un passeur universel qui a su transmettre sa passion pour les rythmes et la musicalité de son jeu à de nombreux disciples depuis le début des années 1970.

Quand Abdelmadjid Guemguem arrive en France dans les années 1960, le jeune homme, né en Algérie le 9 mars 1947, n’a pas encore 20 ans. Il enfile le maillot du Red Star, le club de football de la ville de St-Ouen en région parisienne car c’est son amour du ballon rond qui l’a conduit à traverser la Méditerranée. Un amour qu’il a nourri au sein du club de sa ville, Batna, au nord-est de l’Algérie, puis à celui du Mouloudia d’Alger où il joue un temps.

Si le football est alors son objectif, Guem est aussi passionné par la musique et la danse. Il n’est pas rare de le croiser entre deux entrainements, frappant les peaux de ses tambours, dans les bars des quartiers populaires de Paris ou de sa proche banlieue.

Du Centre Américain au générique de Ça se discute

Au début des années 1970, on le retrouve au Centre Américain de Paris, boulevard Raspail, une institution autour de laquelle gravitent artistes plasticiens, musiciens et danseurs du monde entier. Il y joue aux côtés de musiciens de jazz (Steve Lacy, Michel Portal, Menphis Slim, Anthony Braxton…) ou de la chanteuse à la voix grave et aux textes engagés Colette Magny. Il y danse et donne surtout des cours de percussions. La danse allant de pair avec l’apprentissage de la percussion, selon lui.

Il y a à cette époque, aux premières heures des décolonisations successives du continent africain, un véritable engouement pour ce que l’on appelait encore les musiques et les cultures extra-européennes. Les cours de Guem, Algérien aux origines nigériennes, ouvert aussi bien aux traditions percussives d’Orient que d’Afrique de l’Ouest, connaissent un vrai succès. Il popularise alors dans la sphère musicale parisienne et à travers le monde, le djembé, le tambour roi de la tradition mandingue ou les derboukas maghrébines.

En 1973, sort Percussions africaines (Le chant du monde), son premier album. Son enseignement est si précis et rigoureux qu’il initie avec certains de ses élèves, Zaka Percussions, une formation qui rapidement l’accompagne en studio comme sur scène. C’est sur Guem et Zaka Percussions, le premier opus de la formation, paru en 1978, que figure une première version du titre Le Serpent. Celui-ci sera réenregistrer en 1996 pour qu’il devienne la musique du générique de Ça se discute, l’émission de télévision animée par Jean-Luc Delarue.

Guem, un percussionniste à part

La musicalité de son jeu, la façon unique qu’il a de faire chanter les peaux, lui valent le surnom de « l’homme aux mains d’or ». Avec lui, les tambours ne servent pas uniquement à marquer le rythme. Ils se doivent de raconter une histoire, de la faire chanter surtout, en harmonie avec les autres instruments. « Comme je n’écris pas la musique, chaque morceau doit avoir une histoire pour que je m’en souvienne, comme un conte », confiait-il en 2003 à Elodie Maillot.

Guem a une place à part. À la différence des grands djembéfola, (Mamadou Keïta, Famoudou Konaté, Doudou N’Diaye Rose…) Guem n’est pas l’héritier d’une tradition unique, mais a grandi au croisement de plusieurs ; il embrasse une vision universelle du rythme et développe une curiosité sans limite. Sur la pochette de Couleurs pays (Nocturne) son album paru en 2007 où chaque titre relate un pays, il parle de rythmes couleurs et précise sur le livret : « la percussion fait danser ma vie ».

Cette sentence qui pourrait paraître anodine, est à rapprocher de l’univers musical dans lequel a grandi le musicien et danseur : la musique de transe, la musique qui guérit et libère, celle des Gnaoui, ces habitants de l’Afrique subsaharienne conduits en esclavage au Maghreb comme celle qui régit les pratiques héritées du vaudou en Amérique du sud ou aux Antilles (candomblé, Macumba, Kumina, Omolokô…).

L’inventeur du distanciel avant l’heure

Dès les années 1970 et tout au long de sa carrière, Guem a inspiré de nombreux musiciens, ses élèves comme ceux qui n’avaient pas la chance de l’approcher et qui, loin du maître, se nourrissaient à l’écoute de ses disques. Aujourd’hui, nombreux sont les percussionnistes de tous horizons (Roger Raspail, Prabhu Edouard, Hamid Gribi, Mohamed Bellal…) à pleurer son départ. Guem nous a quittés le 22 janvier, les peaux n’ont pas fini de chanter.